Rencontre initiée par l’association paritaire IFPA, créée en 1978. Lors de la première rencontre à Autun en juillet,

Nous avons été agréablement surpris par la fluidité des échanges etle plaisir que chacun a pris à s’exprimer et à écouter l’autre. Les organisations des salariés et des employeurs, qui pilotent notre association IFPA, souhaitent entretenir en local des temps d’échange libres, informels, dont l’objectifest de progresser dans la prise en compte des enjeux de chaque opérateur pour l’insertion et le développement économique: singulièrement les besoins des employeurs et les attentes des salariés.Nous travaillons de longue date dans la Loire avec Illiade formation, ils sont associés à la manifestation. Nous privilégions les partenariats, ne faisons et de ferons rien seuls dans chaque territoire, et la Loire est marquée par celong et beau partenariat. La prise en compte de notre écosystème est une préoccupation, un enjeu pour le développement durable et l’adaptation permanente de nos services. Certains dispositifs fonctionnent en silos, il s’agit de les dépasser pour améliorer l’efficacité de nos partenariats. Sur chaque bassin d’emploi nous partons des spécificités qui ont construit notre expérience: Pour Saint Etienne et la Loire, aujourd’hui, l’insertion et, plus récemment la formation en situation de travail, dans le cadre du projet Unico.Nous travaillons à des dispositifs innovants en matière d’insertion, qui partent des difficultés des personnes, au-delàde leur niveau d’étude, en travaillant les compétences douces, la mobilité, la confiance et l’image de soi… et la prise en compte de la situation de travail, l’identification avec les employeurs du geste professionnel ou de la tâche à maîtriser pour intégrer l’entreprise. Ce dernier point est un axe prioritaire de notre R&D depuis 4 ans, une illustration en est donnée dans cette réunion. Institutionnels, employeurs, collègues de nos structures sont invités et participent à cette réunion. Les équipes d’Illiade et de l’IFPA ont été mobilisées pour préparer et participer à ce projet. Nous avons (IFPA) 44 ans, et n’avons jamais eu autant d’incertitudes à prendre en compte pour préparer l’avenir, tenir nos engagements de servir simultanément les individus, les employeurs et les territoires. Nous vivons les limites de la communication par les réseaux sociaux, dont les impacts négatifs sont très nombreux. La conférence de Philippe Dessertine, pour prendre du recul, qui va nous bousculer et nous challenger… avec la science et la bienveillance qui le caractérisent. En effet les compétences sont (enfin) une composante analysée etreconnue de l’économie, l’Humain manque dans tous les métiers en tension, chacun en voit l’importance…

Introduction de la conférence:

Nous travaillons la compétence, le développement des activités humaines, comme vous l’avez vu. Avec engagement, en proximité et en partenariat, dans un souci de développement équilibré de notre écosystème. Pourtant nous sommes dans un monde financiarisé: Le bilan financier du monde représente maintenant 18 fois le PIB mondial.Les deux-tiers de l’activité économique vont vers la valorisation des actifs financiers, un tiers seulement vers les investissements et la valeur ajoutée réelle, dont la nôtre, Illiade etIFPA, qui est qualitativement très significative mais financièrement marginale. Lors de notre réunion en juillet, nous avons été enjoints à valoriser notre actif immatériel,ce qui concrètement n’est pas si aisé à réaliser.Nous enchaînons les cycles de croissance et de dépression. Pourtant les gouvernants et les médias ne parlent que de crises, réelles ou non, faute de mobiliser notre société autourd’un projet positif et partagé. Ces «crises» focalisent l’attention, et «justifient»l’intervention de l’Etat pour les résoudre, sortant largement du régalien, recourant massivement à la dette publique. Les états et les banques centrales ont joué aux apprentis sorciers, au mépris des règles élémentaires de la nature et de l’économie, en faisant comme si les ressources naturelles, financières, étaient inépuisables. Nous en sommes à faire payer par nos petits-enfants une partie de notre plein d’essence… ceci se passe aujourd’hui. Et demain?Dans ce tableau complexe, nous faisons appel à un économiste dont il n’est nul besoin de décrire les qualités, pour prendre du recul, et en remettre une bonne couche sur lanécessité de revoir nos organisations, nos modèles.

Conférence de Philippe DESSERTINEPersonne n’a connu de changement d’époque comme aujourd’hui. Il y a 3 ans nous aurions pensé que les employeurs seraient maîtres du jeu. Aujourd’hui les employeurs ne peuvent pas créer les emplois, les compétences manquent. Plusieurs filières sont en tension, et prioritaires dans le cadre de la transition écologique… le candidat a la main pour choisir son activité et son employeur. Aux Etats-Unis la grande démission est à l’œuvre. Le chamboulement est complet, de toute la société. Le grand basculement a commencé il y a trois ans avec le confinement. Et nous raisonnons encore comme avant. L’inflation nous inquiète à Bercy et à Bruxelles, les individus n’ont pas intégré ce changement. Certains français gardent de l’épargne sur assurance vie à 2%, ce taux était positif il y a quelques mois, il est négatif maintenant, fortement. Vous êtes, la formation, le développement des compétences, dans un secteur génial dans cette période,tout est à repenser. Le travail doit encore créer de la valeur, alors que les entreprises ne sont plus adaptées au modèle économique! Pour payer la facture d’électricité en fin d’année… cet hiver verra une désindustrialisation du fait du coût et du manque d’énergie. Dans ce contexte il faut faire plus de 8% de croissance pour faire de la croissance réelle. Philippe Dessertine nous a exhortés à penser différemment, à ne pas se limiter à ce qui est possible aujourd’hui mais à rendre possible demain ce qui ne l’est pas encore. Sans limite dans les applications envisageables. Quand on change de modèle, on doit comprendre que l’on change. L’intégrer dans notre réflexion. Quelles compétences pour demain? dans un modèle qui a commencé. On change de modèle 2 ou 3 fois tous les 1000 ans environ. Il faut une révolution scientifique, une transformation scientifique. Nous sommes dans le plus grand changement scientifique de tous les temps. Les sciences dures sont unanimes, ils ne pensaient pas vivre de leur vivant de telles innovations. La racine de ces changements: les mathématiques. Pour la première fois en travaillant sur les grands nombres, la data, le changement est à la hauteur d’Euclide 2500 ans en arrière. Nous arrivons à décrypter la data maintenant. Les compétences ne sont pas seulement celles qui vont augmenter la richesse mais celles qui augmentent la valeur: nous contribuons à créer des emplois. Quand vous témoignez en disant «ma formation m’a permis de …» cela vaut quelque chose, c’est la valeur incorporelle de l’entreprise. Nous devons montrer aux banques les valeurs extra financières. Quels sont nos indicateurs d’impacts? comment prouver que nous changeons le monde? Aux collègues comme aux banques. Le retour à l’emploi fait partie du développement durable, attirant la valeur. Le développement des compétences est au cœur de cenouveau modèle. Ce modèle est déconcentré. Pour traiter la data, l’approche nodale, à plat, emblème de la société du 21ème siècle. La déconcentration est généralisée, les cinémas régressent et finiront par disparaître dans leur forme actuelle. Les grandes villes verticales sont dans l’ancien modèle. Nous devons inventer les façons de faire passer les messages, les certifications sans arrêt, approche à distance, en horizontal… le diplôme par définition est en retard, il est obsolète au moment de le passer…L’économie elle-même est en retard.

On est en 2022, mon plus grand regret est de ne pas avoir 20 ans!